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La Vierge brisée

Paris, musée Bourdelle. Crédit photographique : © Musée Bourdelle / Roger-Viollet

Antoine Bourdelle

(1861 - 1929)

Date : 1914-1929 | Technique : Plume et encre noire, aquarelle

Le bombardement de la cathédrale de Reims, survenu le 19 septembre 1914, et les dommages irrémédiables qui en résultèrent, constituèrent un traumatisme pour la nation tout entière, en particulier pour les artistes, à l’image d’Antoine Bourdelle. Ce dernier réalise à la suite de l’événement une série de dessins qui en constitue l’un des témoignages les plus émouvants. L’artiste s’était rendu à Reims en 1910 avec ses élèves de l’Académie de la Grande Chaumière, l’apprentissage artistique exigeant selon lui le contact direct avec les œuvres. Le choix n’était pas innocent, cette cathédrale incarnant la quintessence de l’art gothique français : « Reims est un Parthénon : mais d’un tout autre esprit que celui qui fait éternelle l’acropole d’Athènes » (lettre à Thiébaut-Sisson, 9 septembre 1919). La perte de ce monument résonnait pour lui comme un double deuil, à la fois symbolique et esthétique. Le dessin, médium de liberté et d’expérimentation créatrice, lui permet d’exorciser  sa douleur : sur ces feuilles à l’aquarelle, « […] de tous côtés des anges aux larges ailes, se hâtant avec piété, soutiennent les statues qui vacillent sur leur base […] ; d’autres s’inclinent en pleurant sur les fragments sublimes », à l’image de l’ange au chevet de la Vierge brisée, qui en épouse les contours en un geste de déploration, « d’autres s’élèvent vers le ciel comme les âmes libérées des statues mortes » : le dessin agit comme une catharsis.

 

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